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Il y a 13 ans je découvrais Martin Winckler en lisant la Maladie de Sachs.

 

C'était l'été, je préparais le concours d'un IEP de province que j'allais réussir quelques semaines plus tard. J'étais en vacance en famille et je passais toutes mes matinées à lire et bachoter les livres que je devais connaître parfaitement le jour du concours. J'avais passé mon bac quelques semaines plus tôt. 

 

L'après-midi, je m'autorisais à aller à la plage et pour me changer les idées j'avais commencé "la maladie de Sachs", orné du bandeau "Prix du Livre Inter" 1998. Très vite, il m'est devenu difficile de le délaisser au profit de "Qu'est-ce que les Lumières?" d'Alphonse Dupront, qui il est vrai m'attirait un peu moins et me demandait beaucoup plus de concentration! Lorsque je l'ai fini, j'ai éprouvé un sentiment de solitude et de tristesse assez rare : celui que l'on ressent lorsqu'on se sépare d'un compagnon de route. Un vide en somme.

 

Ce sentiment, je ne l'avais quasiment plus ressenti depuis. Pourtant j'ai lu d'excellents romans au cours de ces 13 années, mais quasiment pas un qui m'ait procuré cette sensation.

 

http://martinwinckler.com/IMG/arton954.jpg

 

Alors lorsque j'ai acheté "Le choeur des femmes" il y a quelques mois, je n'ai même pas lu le quatrième de couverture. Je l'ai entamé, et sa forme chorale m'a un peu rebutée au début. Je lis assez peu de romans en ce moment, je n'arrive pas à m'attacher à l'intrigue. J'opte plutôt pour des livres sur des sujets de société, politiques ou liés à mon métier. Au bout de 20 pages je l'ai reposé sur ma table de nuit. Pendant 3 mois. Et puis il y a 3 semaines je l'ai rouvert et j'ai très vite été captivée par cet opus de Winckler.

 

Ce livre est plein de surprises. Il se déroule dans une unité gynécologique d'une ville fictive : Tourmens. C'est la ville où se déroulent tous les romans de Martin Winckler. Une ville fantasmée dont il a bien voulu dire un peu plus ici. 

 

Le personnage principal, Jean Atwood est un jeune chirurgien qui se retrouve contre son gré dans l'unité 77 de médecine gynécologique dirigée par Franz Karma. On comprends vite que Franz Karma est un compagnon de route de Bruno Sachs, qui est évoqué en filigrane dans le roman. Ce roman parle des femmes et de leur relation à leurs médecins d'une manière incroyable. 

 

Comme l'explique Winckler sur son site internet :  "l’unité 77 n’est pas un service comme les autres. Karma en est le seul praticien, il y travaille avec une secrétaire, une conseillère de planification, des infirmières et des aide-soignantes qui le désignent par son prénom. Il y pratique des IVG et y hospitalise clandestinement des patientes à l’insu de l’administration de l’hôpital. Il reçoit les femmes que personne ne veut recevoir ou que les gynécologues méprisent ou fuient comme la peste, immigrantes, femmes voilées, SDF, femmes violées, mais aussi celles qui sont en rupture de famille, ou qui ont décidé qu’elles ne veulent pas avoir d’enfants et demandent à se faire stériliser.

Alors que sa "vocation" était tout autre, le Dr Atwood va peu à peu, à son corps défendant, découvrir qu’écouter les femmes n’est ni répétitif ni assourdissant, mais que ça lui permet non seulement d’apprendre son métier de médecin et aussi de découvrir sa propre identité."

 

Finalement, outre l'histoire haletante et les personnages très attachants, c'est la relation médecin-patient qui une fois de plus est au centre du roman. Dans ce livre, ce sont les femmes et leurs gynécologues qui sont mis en scène. Et on en apprend des choses. Sur la façon dont votre gynécologue vous examine, sur la manière de poser un stérilet. Mais surtout, on revient à ce qui a fait le succès de "La maladie de Sachs" : les questionnements que les patients peuvent déclencher chez leur médecin. Finalement, ce roman est beaucoup plus précieux que le livre de l'auteur consacré à la contraception ("Choisir sa contraception"). 

 

Si vous êtes comme moi fan de Winckler, je vous conseille de lire l'excellente critique qu'en a faite Mona Chollet.

Et si vous l'avez lu, dites-moi ce que vous en avez pensé!

Tag(s) : #Mon humeur