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Chers lecteurs, 

 

Aujourd'hui je ne sais que penser de cette journée de la jupe. Si la campagne de sensibilisation aux violences faites aux femmes me semble plus que nécessaire, cette belle opération de com me laisse songeuse.

 

Comment parler des violences faites aux femmes autrement que par un clip glauque ou une campagne de com avec des peoples? Et surtout quel en est l'effet?

 

Vous vous souvenez sûrement de ce spot terrifiant contre les violences faites aux femmes du gouvernement. 

 


 
Ce type de campagne choc a le mérite de faire passer le message que la violence n'est pas moralement et socialement acceptable. Car telle est bien la question qu'une telle campagne devrait aborder. Et c'est ce que semble faire un peu oublier cette journée de la jupe.
D'un côté, la campagne pour le viol nous explique qu'en France 200 femmes par jour en sont victimes, que malheureusement elles sont nombreuses à ne pas porter plainte et connaissent leur bourreau dans 80% des cas, ce qui les empêche de se remettre de ce traumatisme. 
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De l'autre, la journée de la jupe lancée par Ni Putes Ni Soumises et qui voit notamment la mise aux enchères au Palais de Tokyo de jupes de quelques célébrités dont Isabelle Adjani, permet un buzz médiatique très important mais parfois totalement décalé par rapport à la problématique des violences faites aux femmes.
Jugez plutôt avec la chronique mode de Daphné Bürki dans l'édition spéciale du 25/11 sur la jupe. 
Malgré l'introduction de circonstance, on peut trouver ce sujet en décalage avec l'objet de l'appel de Ni Putes Ni Soumises.
Si l'objectif initial de cette campagne était de faire parler, il est atteint plus que largement, le nombre de tweets sur le sujet peut en témoigner, ainsi que le nombre d'articles de presse. Pour autant si de nombreuses féministes sont sceptiques et se sentent obligées de tourner cette opération en dérision, c'est peut-être aussi qu'elle révèle un malaise dans le "camp" féministe qui est assez divers.
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Si pour une jeune fille des "quartiers" porter une jupe équivaut à se faire traiter de pute immédiatement et plus si affinités, c'est indiscutable, pour les féministes bobos bon teint qui se battent notamment pour plus d'égalité dans le monde du travail, la journée de la jupe, d'un point de vue purement superficiel, c'est un peu un retour en arrière alors qu'au début du siècle les femmes se sont battues pour porter des pantalons, ouvrir un compte en banque, etc. Mais surtout, cette journée remplie de people et de bons sentiments fait-elle vraiment écho auprès des garçons des quartiers, ceux qui se sentent mis en danger dans leur virilité par ladite jupe?
D'un point de vue com', c'est un beau coup de pub pour Ni Putes Ni Soumises. Sur leur site on peut réagir ou faire un don. Bien vu. En tant que militante je m'interroge sur la portée d'une telle journée? Réflexions sexistes lues et entendues partout. Hommes en jupe (ça c'est sympathique mais ceux-là sont déjà convaincus). Voilà donc la seule solution pour se faire entendre en tant qu'association? faire du glamour qui buzz?
A l'ère des réseaux sociaux on peut mener des campagnes bien plus utiles et efficaces, pour peu qu'on juge que la parole peut être source de résilience. Dommage.
Je conclurai ce post en vous incitant fortement à consulter un rapport intitulé "Who Makes the News" disponible en Français et qui monitore la présence féminine dans les médias internationaux depuis 1995. Pour la première fois cette année le web fait partie de leur corpus. A retenir  :
Seulement 24 % des personnes que l’on entend ou desquelles il est question dans les nouvelles de la presse écrite, de la radio et de la télévision sont des femmes. En revanche, 76 % – plus de 3 sur 4 – des personnes dans les nouvelles sont des hommes.

Malgré tout, ce pourcentage progresse depuis 1995 et le journalisme qui rend compte de la présence des femmes dans les "news" est exemplaire. Une note positive après mon coup de gueule du jour.
Tag(s) : #Discriminations