Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

suisse

 

Les réactions s'enchaînent depuis dimanche 28 novembre à l'annonce des résultats de la dernière votation suisse proposée par l'UDC concernant l'expulsion systématique des criminels étrangers, quelque soit leur crime. D'Amnesty International à L'Union Européenne, les indignations pleuvent, heureusement. Mais cela nous évoque-t-il rien? Rappelez-vous le discours de Grenoble du Président de la République. Parmi les mesures proposées, la déchéance de la nationalité pour les "personnes d'origine étrangère qui auraient volontairement porté atteinte" à la vie d'un policier, d'un gendarme ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique.

 

Je perçois d'ici votre perplexité. Quel est le point commun de ces deux situations me direz-vous? Explication.

 

L'UDC, parti notoirement xénophobe, n'en est pas à son coup d'essai puisque la votation sur l'interdiction des minarets l'année dernière avait déjà suscité un tollé, notamment en France. Comme l'explique le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême-droite, l'UDC est solidement implanté dans le paysage politique Suisse.

"L'UDC est un cas un peu unique. Dans la plupart des pays, l'extrême droite a créé des partis ex nihilo et souvent de manière récente. L'UDC a au contraire une longue tradition de participation gouvernementale. Il s'agit d'un parti bourgeois qui s'est fortement radicalisé depuis une vingtaine d'année." (source interview avec le journal suisse Courrier)

 

Auteur de plusieurs initiatives populaires, l'UDC a totalisé 29% des voies aux dernières élections législatives de 2007. Selon ce parti, les valeurs traditionnelles de la Suisse sont menacées non seulement par l'Union Européenne mais aussi pas son "islamisation". Aujourd'hui ce sont donc les criminels de nationalité étrangère qui sont dans son viseur. 

Si tous les cantons suisses n'ont pas voté unanimement pour cette initiative, et qu'une contre-initiative a été lancée, les 52% réalisés par l'UDC nous rappellent que l'Europe est en proie à un renforcement de l'extrême-droite. Du Danemark aux Pays-Bas en passant par la Slovaquie, les partis d'extrême-droite jouissent de scores confortables.

 


578442_carte-extreme-droite-europe.jpg

source : L'Express

 

Et au milieu de ce mouvement de fond, cet été Nicolas Sarkozy s'illustrait avec un discours sécuritaire musclé aux accents populistes. Le point commun des propositions de Sarkozy et de celles de l'UDC? Outre un populisme qui flatte les plus bas aspects de la nature humaine, ces propositions seraient très difficiles à mettre en oeuvre. 

 

Côté Suisse comme l'a expliqué Amnesty International, les propositions de l'UDC contre-viennent au droit international :

Amnesty International estime que l'initiative sera inapplicable dans de très nombreux cas, soit parce qu'elle contreviendra au principe du non-refoulement qui relève du droit international impératif, soit parce que tout simplement l'exécution du renvoi sera impossible. «Le nouvel article constitutionnel ne sera d'aucune utilité dans toutes les situations où la nationalité de la personne concernée n'est pas établie ou lorsque le pays d'origine refuse de réaccepter ses ressortissants faute d'une convention bilatérale de réadmission», a ajouté Daniel Bolomey [Président de la section Suisse d'Amnesty, NDLR]

 

De plus le renvoi automatique  des étrangers condamnés est contraire au droit international et au principe de proportionnalité. L'application de cette initiative est également incompatible avec l'Accord de libre circulation des personnes entre la Suisse et l'UE. Le Conseil Fédéral a annoncé chercher à mettre en oeuvre l'initiative de l'UDC sans enfreindre le droit international et la constitution Suisse dans la mesure du possible. De son côté l'UDC ne semble pas prête à faire des concessions. C'est ce qui s'appelle aller tout droit dans le mur.

 

Mais revenons de ce côté-ci des Alpes. Lorsque Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir étendre les cas de déchéance de la nationalité, de nombreuses voix se sont élevées pour questionner la constitutionnalité de cette mesure. Adoptée fin septembre 2010, les députés PS avaient annoncés vouloir déposer un recours auprès du Conseil Constitutionnel. La loi sur l'immigration contenant ces mesures, dite loi Besson, est pourtant passée depuis, malgré les protestations de plusieurs associations.

 

On croit les remparts constitutionnels solides, mais il semble que non. Que cela soit en Suisse avec un abus évident du droit à l'initiative populaire, ou en France avec un Parlement mis au pas, les Institutions ne peuvent être protectrice contre le peuple souverain ou le Président élu. Pendant ce temps-là, Marine Le Pen édulcore son discours et est en bonne voie pour incarner un FN triomphant. La France sera-t-elle le prochain pays à permettre à un parti d'extrême-droite de devenir fréquentable en accédant au gouvernement? La suite aux prochaines élections?


Tag(s) : #Actu