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yaourtEDF

 

 

Comme je l’écrivais ici-même il y a quelques jours, Henri Proglio a été assez peu présent depuis la catastrophe de Fukushima. Pourtant, EDF est le premier fournisseur mondial d’électricité et possède un parc nucléaire conséquent. Sa revendication du leadership du nucléaire français aurait du en faire un porte-parole très présent en ces temps de crise nucléaire. Or c’est le contraire qui se produit. Les critiques se multiplient et semblent atteindre un climax ces jours-ci. L’absence de prise de parole forte d’EDF pour occuper le terrain n’est certainement pas anodine.

 

 

Nationaliser EDF ?


Dans l’édition du Monde datée de mercredi 27 avril, Hervé Kempf publie une chronique intitulée « Nationaliser EDF !». Il y développe l’idée d’une incompatibilité entre  le capitalisme d’un groupe coté en bourse en recherche permanente de réduction des coûts et les impératifs d’investissement de sécurité d’un opérateur électrique. Pour lui, seule une entreprise publique peut faire les bons choix en la matière. Il oppose notamment les centrales « low cost » conçues par EDF avec ses partenaires chinois et l’EPR d’Areva, plus sûr mais nettement plus cher. 

 

Le nucléaire cause de tous les maux


Après Fukushima il est devenu de bon ton de sonner l’hallali sur le nucléaire. Les  écologistes qui en sont convaincus depuis longtemps ont compris que la période était propice à faire entendre leurs idées et n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Des manifestations ont eu lieu aux abords de nombreuses centrales, de Fessenheim en Alsace au Blayais en Aquitaine, laissant libre court aux amalgames les plus douteux.

 Corinne Lepage qui est une opposante notoire au nucléaire a saisi la balle au bond et a e publié une tribune dans Libération du 26 avril dans laquelle elle fustige les choix énergétiques faits dans le passé qui conduisent à un renchérissement de l’électricité qui grève le pouvoir d’achat. Derrière cette critique pointe un réquisitoire contre le nucléaire, qui vient simplement faire écho au bruit ambiant. Un bruit qui érige le principe de précaution en règle absolue mais met de côté l’idée d’une politique énergétique cohérente.

 

Même Nicolas Hulot s’y met

 

Le plus surprenant dans ce concert de critiques est la position de Nicolas Hulot. Avant d’annoncer sa  candidature à l’élection présidentielle, Hulot était connu pour être favorable à l’atome. Les mauvaises langues disent que le fait qu’EDF soit un des mécènes historiques de sa fondation n’y est pas étranger ainsi que son rôle de conseiller auprès de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy. Il a été fortement critiqué par la presse pour être resté évasif sur le sujet lors de sa déclaration de candidature. Ce n’est que très récemment qu’il s’est prononcé contre en estimant que  «sortir du nucléaire [était] un objectif prioritaire ».  

Etonnant alors même qu’EDF est un des financeurs historiques de la Fondation Nicolas Hulot. 

Il se dit d’ailleurs que Proglio était résolu à mettre un terme à ce soutien mais que Nicolas Hulot a réussi à le faire revenir sur cette décision. C’était avant sa sortie contre le nucléaire. Aucune réaction de l’électricien depuis cette annonce médiatique…

 

Une image écornée pour EDF … et pour Henri Proglio

 

Mais ce qui pose le plus question actuellement, c’est l’image détériorée d’EDF depuis qu’Henri Proglio est à sa tête. Longtemps EDF a été une entreprise avec une excellente image, même en temps de crise. André Roussely qui a dirigé l’électricien de 1998 à 2004 l’a raconté aux auteurs de l’excellent livre « Les gourous de la com ». 

Dans un chapitre consacré aux crises médiatiques de 1999, comparant les approches de Total pour la gestion de la crise qui a suivi le naufrage de l’Erika et celle d’EDF après la tempête qui coupa des milliers de foyers d’électricité, les auteurs expliquent comment l’image d’EDF n’a pas été aussi écornée que celle de Total par l’Erika, voire en a bénéficié. Bien sûr l’attitude des deux patrons diffère totalement, quand Thierry Desmarest fuit les médias, Roussely dira au 20 Heures qu’il ne sait pas quand le courant sera rétabli et passe beaucoup de temps sur le terrain. EDF met en avant les « lignards », les agents EDF qui travaillent jour et nuit pour remettre le courant aux foyers qui en sont privés. Roussely passe beaucoup de temps sur le terrain, et joue la transparence. Le gouvernement et l’opinion publique sont unanimes sur une gestion exemplaire de l’opérateur et l’héroïsme des agents EDF , largement mis en avant dans la communication.

Aujourd’hui, le contexte est certes différent, mais la personnalité d’un dirigeant reste un élément déterminant dans une gestion de crise. Le fait qu’EDF ait été une entreprise publique a longtemps été un aspect positif pour son image de marque. Un bon connaisseur du secteur de l’énergie m’a confié il y a quelques années qu’avec un recours de plus en plus fréquent à la sous-traitance, EDF perdrait cet avantage d’image parce que la proximité avec les usagers du service public qui faisait sa force y compris au cours des crises  viendrait à s’émousser. Il pensait même qu’EDF s’aliénerait ainsi ses clients ce qui rendrait l’entreprise lointaine. Si ce constat est tout à fait d’actualité, le contexte de méfiance envers le nucléaire et la personnalité d’Henri Proglio n’arrangent rien.

Outre son absence et une communication personnelle assez peu percutante, il est très critiqué dans ses choix. Dans un article au vitriol publié par Marianne, un haut fonctionnaire critique son absence de prise de parole et ses choix stratégiques. Alors que Proglio revendique la tête de la filière nucléaire, tout dans ses choix et son attitude laisse poindre un manque d’étoffe pour le rôle. L’auteur de ce texte  laisse entendre que Proglio serait un opportuniste dans ses choix politiques bénéficiant de protections en haut lieu. Un texte violent qui vient souligner les attentes fortes qui pèse sur la fonction plus encore que sur l’homme. Le patron d’EDF se doit d’agir de manière responsable et d’expliquer encore et toujours ses choix, plus encore qu’un autre patron.  Ce n’est pas du tout la posture de Proglio.

 

Un peu moins d’intervention politique dans les nominations serait peut-être la solution.

 

Tag(s) : #Actu