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Vendredi, c'est mon patron qui m'a appris la nouvelle de la nomination d'Audrey Pulvar aux Inrocks. Je dois avouer que j'étais estomaquée. Visiblement je n'étais pas la seule puisque Bernard Zekri qu'elle est censée remplacer n'étais pas au courant comme l'expliquent les Echos.

 

Encore un énième épisode du feuilleton Français qui voit se mêler vie amoureuse, médias et politique? Probablement. Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles et auteur d'un excellent livre sur ce sujet n'a pas manqué d'analyser ce nouveau rebondissement sur son blog. 

Cet article est un prolongement logique de son livre "Sexe, mensonges et médias" dans lequel il plaide pour la fin de l'omerta qui règne entre politiques et journalistes et une meilleure application de la déontologie et de l'éthique journalistique. En résumé : "Si nos médias classiques veulent survivre, le dit doit être la règle et le non-dit l'exception."

 

Connivence ou infliuence?

 

Ces liens entre médias et journalistes choquent profondémment outre-atlantique, notamment parce qu'ils influent sur le 4eme pouvoir. Comment peut-on imaginer que Jean Quatremer ait eu une source l'informant de la liaison entre DSK et Piroska Nagy et que Libération ait choisi de ne pas sortir l'information? C'est précisément cette connivence entre médias et politiques qui permet une telle situation néfaste pour notre démocratie.

 

Dans le cas DSK, ce qui saute aux yeux lorsque l'on s'intéresse à cette question des liens entre médias et politiques, notamment en lisant le livre d'Ariane Chemin et Raphaelle Bacqué "Les Strauss-Kahn", c'est à quel point Anne Sinclair a tenté d'influencer le traitement médiatique de son mari. A plusieurs reprises dans le livre, les auteurs racontent comment Anne Sinclair a pu décrocher son téléphone pour réagir à des articles négatifs vis-à-vis de DSK.

 

En lisant cela, je ne pouvais m'empêcher de penser à Valérie Trierweiler, ceci alors même que l'épisode dit du "Twittgate" n'avait pas encore eu lieu, encore moins le recadrage de François Hollande hier lorsqu'il a évoqué un épisode privé. Son interventionnisme n'est pas rassurant pour notre système démocratique, encore moins son côté incontrôlable. Qu'une femme ne souhaite pas mettre sa carrière entre parenthèse au profit de son compagnon est tout à fait normal, ce n'est pas l'auteure de ce blog qui écrira le contraire. Mais au sommet de l'état, l'exception est la règle, et exercer son métier de journaliste en étant Première Dame et journaliste la mieux informée de France paraît aussi incongru qu'anti-démocratique, comme l'explique très bien une journaliste du quotidien belge Le Soir

 

Les conseillers en communication premiers fautifs?

 

Ce que le livre de Raphaelle Bacqué et Ariane Chemin montre aussi, c'est à quel point Anne Sinclair a pu être instumentalisée par les conseillers en communication de son mari. Lorsque l'on lit qu'Anne Hommel, sa conseillère presse, a été jusqu'à vivre chez les Strauss-Kahn pendant la crise Piroska Nagy, on peut se poser des questions sur le type de conseil apporté par EuroRSCG et sur la distance nécessaire dont tout leur entourage a manqué au cours de ces dernières années. Le livre montre d'ailleurs bien à quel point l'entourage a été acteur involontaire mais responsanle de la chute programmée de Dominique Strauss-Kahn, au même titre que la presse qui n'a pas fait son travail correctement en passant sous silence ses incartades.

 

Pour quelles raisons le public, hormis le microcosme parisien n'a-t-il eu vent de ses frasques? Précisément parce que les médias dépendant des grands cabinets de RP comme EuroRSCG, Image 7 ou DGM pour accéder aux dirigeants économiques et parfois politiques. Ce sont les Stéphane Fouks, Anne Méaux ou Ramzi Khiroun qui permettent ou non aux journalistes politiques et économiques de faire leur métier correctement. 

 

Un autre livre montre très bien cette mécanique malsaine pour notre système démocratique : "Les Gourous de la com" d'Aurore Gorius et Michael Moreaux. Ce livre pose LA question sur les liens qui unissent ces communicants au pouvoir économique et politique : celui de la transparence. Que le lobbying existe n'est pas remis ici en question, c'est plutôt l'influence opaque qui est questionné: "peut-on se satisfaire d’un pouvoir d’influence qui ne dit pas son nom, qui échappe à la vigilance des citoyens, qui monopolise la majorité des décisions d’intérêt général ? Ce pouvoir occulte, contrôlé par moins d’une dizaine de personnes sur la place de Paris, est-il acceptable dans une démocratie moderne ?" comme l'écrit Jean-Marie Durand dans les Inrocks. La réponse est évidemment non.

 

Une endogamie dont notre société est malade 


C'est aussi ce que met en évidence Jean Quatremer dans son livre: les journalistes, pour bien exercer leur métier, doivent rester hors de ce microcosme, tout en en étant proches pour bien le croquer. D'une certaine façon, c'est ce mélange des genre qui a été reproché à Nicolas Domenach et Maurice Szafran lorsqu'ils ont publié "Off", rendant public 20 ans d'entretiens avec Nicolas Sarkozy. Ils ont été attaqués sur le principe même du off qui veut que ce qui se dit en off ne soit pas rendu public. La réaction du monde médiatique est tout à fait symptomatique de cette connivence : on a reproché aux 2 journalistes de faire leur métier tout en se montrant amicaux avec un homme politique qui avait lui-même créé cette proximité. Etrange reproche d'une société malade de cette endogamie.

 

Alors, quid du cas Pulvar? Peut-on se montrer choqué qu'une journaliste vivant avec un des ministres les plus exposés du gouvernement Ayrault soit nommée à la tête d'un journal appartenant à Matthieu Pigasse, ancien collaborateur de Dominique Strauss-Kahn à Bercy, associé-gérant chez Lazard, actionnaire du Monde? Ce même Matthieu Pigasse qui a nommé Anne Sinclair à la tête du Huffington Post? Je crois que oui.

 

 

Tag(s) : #Actu