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http://www.labarbelabarbe.org/La_Barbe/Actions/Entries/2011/12/12_Canal_plus_naime_plus_les_femmes_a_poil%21_files/shapeimage_2.png

 

Vendredi dernier, les activistes de la Barbes ont été invitées à répondre à « 5 questions » du Petit journal de Yann Barthès. Si je vous parle de cette émission 5 jours après, c’est qu’elle a fait parler, notamment sur les réseaux sociaux. Une pluie de réactions critiques voire violentes pour certaines s’est abattue sur leur page Facebook. On les a même accusées de supprimer certains commentaires. Cette accusation s’avère d’ailleurs fausse. La Barbe me l’a assuré, seuls les messages insultants ou à caractères pornographiques ont été retiré de leur mur. Ces rumeurs sont d’ailleurs un signe selon la Barbe que l’on est entré dans le vif du sujet avec ce buzz. Ce n’est pas tant leur passage au Petit journal qui déchaîne les passions que leurs dernières actions, dont deux interventions lors de conventions de l’UMP d’où elles ont été sorties manu militari après qu’elles aient dénoncé l’absence de femmes à la tête du parti majoritaire.

 

Une forte attente

 

De nombreuses sympathisantes ont été déçues par la prestation de la Barbe. C’est un peu ce que mettait en avant l’article au vitriol de Madmoizelle. Il s’avère que l’auteure n’a pas n'a pas attendu la réponse de la Barbe à sa demande de réaction, qui s'est faite dans les 24h, mais leur a ensuite proposé un droit de réponse publié hier. Ce que cet article met en exergue, c’est finalement la trahison qu’ont pu ressentir les femmes, mais aussi les hommes, sympathisants de la cause en voyant à l’écran une prestation à contretemps qui ne respectait pas les codes médiatiques habituels.

C’est ce qu’a très bien résumé Jean-Noël Laffargue sur son blog : « La séquence n’a duré que six minutes mais elle s’est extrêmement mal déroulée, plaçant les spectateurs dans une atmosphère d’inconfort et de malaise : il est absolument rarissime que des chaines nationales présentent à une heure de grande écoute des invités qui ne soient pas puisés dans le réservoir de ce que les professionnels du domaine appellent les « bons clients », c’est à dire des gens qui parviennent à participer au flux médiatique sans hésitations, sans contretemps, qui sont capables d’entretenir le jeu de domination et de séduction qui caractérise la parole dans les émissions de grande écoute à la télévision et à la radio, et qui, tant qu’à faire, acceptent sans trop protester la place arbitraire qu’on leur attribue : expert pointu, expert en tout, amuseur, râleur, etc. »

J’ai pu m’entretenir lundi avec une des activistes de la Barbe, Christine Blache. Elle m’a assuré que les activistes de la Barbe ne regrettaient pas ce passage. Pour elle « il est intéressant de voir à quel point on est dans une attente de réponse formatée », ceci alors que leurs dernières interventions les rapprochent du pouvoir politique.

 

Canal + l’arroseur arrosé

 

Le Petit journal avait expressément demandé à ce que les activistes présentes sur le plateau soient celles qui étaient présentes lors de la convention de l’UMP. La Barbe avait accepté cette demande, jugeant utile l’opportunité de féliciter la chaîne pour son management totalement masculin et trouvant qu’elle permettait un enchaînement intéressant avec les actions menées jusqu’à maintenant, dont le rythme s’est sensiblement accéléré ces derniers temps.

La Barbe mène en effet 3 à 4 actions par semaines actuellement. Ce que l’émission attendait, c’était « La Barbe s’explique sur l’UMP ». Alors, quand les activistes ont égrené leurs félicitations à une chaîne très masculine, l’animateur l’a assez mal pris. Notons que le montage a coupé une scène où Yann Barthès présente un calendrier Pirelli à la Barbe.

Entre la matinale où les animatrices étaient complices en adoptant le postiche en ouverture de l’émission, et qui avaient accepté que leur chaîne soit épinglée par la Barbe et Yann Barthès qui n’a pas apprécié que Canal + soit félicité à la mode la Barbe et attendait des réponses « sérieuses » dans une émission d’infotainment, il y a évidemment un gouffre. Pourquoi ? Est-ce parce que Maïtena Biraben et Caroline Roux sont des femmes et Yann Barthès un homme ? Est-ce parce que les filles de la Matinale de Canal ont sympathisé envers la cause de la Barbe et ont laissé  Alix Béranger s’exprimer clairement alors que Yann Barthès attendait un happening en live et des professionnelles des plateaux télés ?

 

Mais au fait, c’est quoi la Barbe ?

 

Comme l’explique Jean-Noël Laffargue, a la télévision il faut être un pro des plateaux pour se faire entendre. Christine Blache du collectif la Barbe le reconnaît aussi : les politiques et les militants associatifs qui sont présents sur les plateaux de télévision sont très souvent préparés à cet exercice : ils ont droit à un media training. Or le militantisme n’est pas un métier au collectif la Barbe, Christine Blache l’explique ainsi « Nous sommes des professionnelles de la démonstration de la domination masculine » et non pas des professionnelles du militantisme ou des plateaux télés. Il faut comprendre par là que l’objet du collectif la Barbe n’est pas toujours bien compris par les médias.

La Barbe a peut-être un effort de « com’ » à faire de côté-là. En effet, on présente souvent le collectif comme une association féministe, mais on oublie de dire qu’à l’inverse d’Osez le féminisme ou d’autres associations, leur but n’est pas proposer des solutions mais simplement de pointer la domination masculine. Il suffit de lire le Manifeste de la Barbe pour saisir  la nuance de taille ou de lire ce texte sur leur site internet :

"Le but ultime de La Barbe n'est pas tant d'installer quelques femmes de plus dans les clubs d'hommes régis par des hommes, créés pour des hommes, même si l'irruption des femmes dans ces lieux est légitime et nécessaire. La Barbe entend dénoncer l'hégémonie et le monopole du pouvoir, du prestige, de l'argent, des privilèges par quelques milliers d'hommes blancs, en ringardisant leurs codes, leurs manies, leurs valeurs".

 

Un collectif d’activistes n’est pas une association militante

 

Par ailleurs, Christine Blache insiste bien sur ce point « on ne répond pas aux injonctions que l’on nous pose » et cela, la production du Petit journal n’avait pas dû le mesurer. D’où leur surprise et leur énervement, qu’ils n’ont pas manqué de communiquer aux activistes présentes en plateau à l’issue de l’émission. Un autre point mis en avant par Christine Blache c’est les activistes de la Barbe sont là pour faire passer un message qui ne répond pas forcément au temps médiatique. Il me semble d’ailleurs que le média télévisuel n’est pas forcément le mieux à même d’accueillir les subtilités de leur action à une heure de grande écoute.

Dans leur  communiqué de presse posté hier, les barbues ironisent sur les réactions « « bien intentionnés », [qui] se relayent également pour offrir des leçons de communication à la Barbe. Qui devrait parler, comment et pour dire quoi ? »

Sans répondre à cette question hautement philosophique et qui mériterait un post entier que je ne suis pas sûre de pouvoir écrire moi-même, j’ajouterai: et alors ? Est-il anormal lorsque l’on sympathise avec une cause ou un mode d’action de donner son avis sur ses choix militants ? En outre, lorsque l’on mène des actions publiques, il est tout à fait normal d’être critiqué. D’ailleurs lorsque l’on pousse la discussion avec les barbues, elles se montrent ouvertes à l’échange. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’on a affaire à des femmes qui se remettent en question et écoutent. Ce qui est très dommage, c’est que cela n’est pas transparu à l’écran.

Mais encore une fois elles ne sont pas les seules responsables de ce décalage de réception. David Abiker l’a rappelé dans l’émission Des clics et des claques lundi soir : il faut de l’indulgence, ce n’est pas parce que l’on se plante à la télé qu’on a tout faux. Le procès semble donc un peu disproportionné. Mais ces réactions sont aussi le symptôme d’un autre reproche fait aux Barbues ; elles viennent mordre la main qui les nourrit : les médias. Surtout, elles ne respectent pas les codes.

Des codes qu’elles s’emploient à caricaturer pour montrer à quel point les hommes dominent différents milieux. Ce qui a pu agacer certains et certaines, c’est le fait de dire que le FN est un non-sujet. La réponse a peut-être été un peu lapidaire sur ce point, puisqu’en prenant le temps de lire leur communiqué et d’échanger avec elles on comprend pourquoi.

Alors, au risque de passer pour la énième donneuse de leçon de service, j’oserai une suggestion : peut-être que la télé hors de la rubrique info, ce n’est pas le meilleur média pour faire passer un message qui ne répond justement pas aux codes médiatiques…

 

Les choses bougent lentement

 

En attendant, la Barbe s’installe durablement dans le paysage militant féministe comme un empêcheur de tourner en rond. En témoigne un tweet lu récemment dans lequel un chercheur homme qui détaillait un panel d’un colloque à la Sorbonne totalement masculin semblait suggérer ou se préparer à une intervention de la Barbe. Ce qui serait plus utile, c’est d’inciter les organisateurs dudit colloque à faire intervenir des femmes. La sortie du rapport Reiser et le colloque organisé pour le présenter la semaine dernière le montrent : des solutions existent pour une meilleure représentation des femmes dans les médias, mais il faut pour cela du volontarisme. L’idée d’un fichier d’expertes femmes évoquée par Brigitte Grésy, rapporteuse de la commission permettrait par exemple de remédier à des émissions comme C dans l’air qui accueillent trop rarement des femmes sur leur plateau.

 

 

Pour lire le rapport Reiser, c’est  ici.

 

Aujourd’hui La Barbe fête sa 100ème action. Je ne sais pas vous, mais moi je leur souhaite bon courage. La Barbe !

Tag(s) : #Discriminations