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C’est la question que je me pose depuis lundi matin en lisant les réactions des journalistes qui travaillent pour des pure players, mais aussi des blogueurs qui pestent depuis plusieurs semaines contre le modèle économique de ce nouveau franchisé. Devant le nombre d’articles et de médias qui ont relayé l’info et l’ont analysée, j’ai failli ne pas écrire ce post. Voici pourquoi.

 

J’avais d’abord lu l’article de Jean-Marie Charon qui a bien posé les termes du débat sur un autre pure player participatif : le Plus. Pour lui outre un marché saturé, le Huffington Post ne se monte pas dans un contexte favorable notamment parce que selon lui fusionner des titres n’est pas forcément un avantage.

 

Erwann Gaucher va encore plus loin et se demande quel(s) pure player(s) devra s’incliner face au Huff Post et au marché publicitaire qui n’est pas non plus extensible. 

 

Finalement, l'arrivée du Huff Post a eu le mérite de faire émerger une question dans le débat médiatique qui pointait depuis quelques mois :  "la fin de l'économie de la gratitude" comme le rappelle très bien Dan Israel sur @asi. Parmi les blogueurs qu'il interviewe, Gaelle-Marie Zimmermann (@LaPeste) avait détaillé les 3 modèles économiques des pure-players :  "Soit on est sur un site totalement bénévole, où il n'est jamais question d'argent. Soit on travaille sur un site participatif, qui touche un peu d'argent, grâce à des contrats pub par exemple ; dans ce cas, les bénéfices doivent être partagés entre chaque rédacteur. Soit on participe à une entreprise commerciale, où, en dehors de toute considération de qualité éditoriale, un contenu produit constitue une valeur ajoutée. Et dans ce cas, on paye. On n'est plus en 2007, flatter l'égo des blogueurs ne suffit plus !" 

 

Mais au fait, qu'est-ce qu'un contributeur?


Si cette question de la rémunération des blogueurs déchaîne tant les passions, c'est aussi qu'au-delà de l'aspect éthique qu'elle soulève, lorsque l'on devient contributeur volontaire d’un site participatif c’est pour valoriser son avis, son analyse et aussi son égo. Alors que le métier de journaliste ou d'éditorialiste relève d'un choix professionnel.

L'apparition des médias participatifs a modifié la donne puisqu'elle permis à des rédacteurs bénévoles d'espérer vivre de leur plume. C'est un peu ce que raconte Martin Vidberg dans un de ses posts.Certains ont réussi et ont transformé leur activité en choix professionnel. Mais de nombreux contributeurs, connus ou moins connus ne peuvent prétendre tenir une colonne sur un site comme le HuffPost qu'en raison de  leur expertise qu'ils tiennent de leur vie professionnelle IRL ou de leur passion (pour le cinéma, les séries, le rugby).

Finalement un conbtributeur est quelqu'un qui a quelque chose à dire et ne voit pas pourquoi Philippe Bilger et Raphael Enthoven seraient plus autorisés que lui à le dire.

Ce qui explique aussi que c'est un peu la guerre entre les journalistes payés pour écrire, les personnalités qui écrivent gracieusement car le média leur donne une tribune supplémentaire et les contributeurs anonymes qui espèrent un jour être connus et ou payés.

 

 

S’identifier au média que l’on lit


J’ai moi-même déjà écrit pour Le Plus. Mais je pourrais écrire sur d’autres sites. Enfin je l’imaginais.

 

Depuis sa création je vais faire un tour de temps à autre sur le Lab d’Europe 1, mais je n’accroche pas tellement avec leur approche éditoriale. C’est en lisant l’article sur les dernières déclarations de Rama Yade que j’ai compris ce qui me gênait.

 

 

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D’un côté Le graphisme du site met en avant le côté participatif, mais il masque à mon sens un manque de substance. Souvent lorsque je lis un article du Lab, je reste sur ma faim. C’est moins le cas sur le Plus. C’est certainement autant une question de choix éditorial que le côté « briques » de la maquette : il faut lire plusieurs articles très courts pour pouvoir faire le tour d’un sujet, enfin en avoir l’impression. Car lorsque je lis un article du Lab, je pense à ce que disait Jean-Paul Brighelli dans #DCDC qui accusait les pure-players d’appauvrir l’analyse de l’actualité. Même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il peut dire, loin s’en faut, force est de constater que certains pure players versent dans ce travers.  Au lieu de prendre le temps de réfléchir à ce que nous lisons, nous papillonnons, moi la première, d’un article à un autre, d’un média à un autre. L’architecture du Lab et les choix éditoriaux qui y sont faits me semblent contribuer à cette impression.

 

J’ai aussi lu l’article de Christophe Ginisty qui explique pourquoi il n’ira pas écrire pour le Huffpost.

Et à ce moment-là je me suis demandé si j’aurais envie de commenter ou proposer un article au Huff Post ? Et surtout, à part moi, dans un marché saturé où chacun a donné son avis  sur ce énième nouvel arrivant, qu’est-ce qui fait qu’un contributeur choisit un site plutôt qu’un autre ?

 

Dis-moi où tu écris, je te dirai qui tu es 

 

La question peut se résumer ainsi : Qu’est-ce qui poussent les rédacteurs vers un support plutôt qu’un autre ? L’adéquation avec leurs idées politiques ? La valeur de la marque à leurs yeux ? Son potentiel à attirer les lecteurs ?

Ce que je regarde en général ce sont les journalistes permanents, est-ce que j’ai déjà lu leur prose ailleurs ? Ensuite l’entreprise à laquelle le media est adossée. Son image me correspond-elle, aussi bien dans son approche éditoriale que politique ? Vous l’aurez compris, je ne me suis jamais dit «Tiens, si je soumettais un article à Atlantico ?» J’ai sûrement tort. Ça ne m’empêche pas de lire les billets d’Hugues Serraf, que je lisais lorsqu’il contribuait gracieusement pour Rue89 avant de les quitter pour Atlantico qui le rémunère. Si demain Un journaliste ou un professionnel que j’estime partait écrire sur le Lab je continuerai certainement à le lire. 

Enfin il y a les thèmes abordés et la communauté ciblée, comme me le faisais remarquer @La_M_D sur ma TL.

 

Et le HuffPost dans tout ça ?


Adossé au journal Le Monde, le HuffPost repose aussi sur une fusion avec le  Post.fr. Lectrice régulière du Monde, je ne consultais que rarement le Post. Enfin l’équipe éditoriale compte pour se faire une opinion. Hormis Anne Sinclair, je n’ai pas entendu parler des membres de la rédaction. De nombreux contributeurs associés prestigieux y tiendront une colonne, dont certains comme Robert Badinter incarnent de nombreuses valeurs que je défends. Enfin, les thèmes plutôt internationaux et économiques m’intéressent et je pars avec un préjugé positif sur le HuffPost original. Pour l'instant, la balance penche plutôt en la faveur du HuffPost.

Mais il est bien sûr trop tôt pour me prononcer. Et vous qu’en pensez-vous ?

 

NDLR : un grand merci pour sa contribution éclairée à ce post à Manuela Wyler qui vient de lancer une nouvelle version de jewishtraces.org !

 

Tag(s) : #Mon humeur