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Cela fait une semaine que j’ai ce post en tête, mais je voulais digérer mon incompréhension avant de la partager avec vous.

 

Les lecteurs de ce blog savent que je m’intéresse à l’actualité, notamment celle de la lutte contre les discriminations et de la communication. Il faut croire que mes « amis » sur Facebook ne l’ont pas encore tous compris.

 

Pour un utilisateur averti des réseaux sociaux, il est évident que le partage d’informations avec son réseau permet de connaître non seulement les centres d’intérêts de l’émetteur de ces messages, mais également de partager ses états d’âmes. Sur Facebook vous pouvez être ami avec un chercheur en sciences sociales qui vous parlera peut-être de ses travaux et de la rougeole de la petite dernière ou du film qu’il regarde. Bien. Mais si vous êtes ami avec un militant du PS ou de l’UMP, il abreuvera votre mur de liens vers des articles de presse sur ses combats politiques, des invitations à des conférences, etc.

 

Si jamais vous en avez assez de voir ses informations sur votre mur, comme vous êtes un utilisateur averti des réseaux sociaux, vous cliquez sur « Hide all posts from Mon Ami Militant » et hop vous êtes tranquille. Si certains de vos amis

 

postent des contenus qui vous dérangent ou offensent vous en discutez avec eux. Comme vous êtes une personne civilisée, vous évitez de prendre la terre entière à témoin de vos énervements et vous faites cela en messagerie privée. Ou alors vous le faites de manière publique mais dans ce cas-là vous êtes poli et pas trop agressif. Bien sûr tout le monde ne respecte pas ces règles. C’est ainsi que j’ai découvert qu’en postant un article du journal Forward, excellent quotidien juif New-Yorkais par ailleurs, consacré à l’affaire DSK, j’avais énervé un de mes amis. Qui ne s’est pas privé de me le faire savoir. Vous me direz, c’est son droit et vous aurez tout à fait raison. Mais ce n’est pas tout.

 

Il a ensuite eu la délicatesse de poster un statut assez insultant mais n’a pas eu le courage de me le dédicacer directement. En substance il tirait à boulets rouges sur ses amis dont il ne supportait plus les statuts en lien avec leur religion, orientation sexuelle et autres minorités. Pour moi, la question que soulève ce statut ce n’est pas tant le fait qu’il soit insultant et tiré par les cheveux, mais le caractère interprétatif et subjectif des interactions sur les réseaux sociaux.

 

J’ai bien sur relu mes derniers statuts pour vérifier les assertions de cet ami tout en me disant que je publiais ce qui me chantait et j’entends que cela reste ainsi. Mon constat est que tout cela est bien subjectif et repose beaucoup sur l’interprétation que le lecteur fera de votre statut et sa sensibilité, avec le risque de l’écrit. Sans le ton, l’ironie ne passe pas toujours.

 

La possibilité offerte par Facebook de partager des informations qui nous intéressent ou nous interpellent avec nos contacts nous permet de mettre en scène nos identités multiples et de les partager avec notre entourage, tout aussi multiple. Une jeune maman peut discuter allaitement avec ses amies jeunes mamans tout en s’agaçant d’une prise de position de Claude Guéant ou commenter les photos prises par sa meilleure amie à Barcelone. Selon l’utilisation que l’on en fait, Facebook peut donner à voir beaucoup de chaque individu, notamment la multiplicité de nos intérêts et les traits de notre personnalité. Cela peut déranger visiblement. Ou étonner, plus souvent.

 

J’en ai tiré une petite leçon contextuelle pas très révolutionnaire : certaines personnes sont plus rassurées en nous rangeant dans des boîtes, de préférence une seule boîte, histoire de ne pas trop bousculer ses certitudes. Quand on s’aventure à exprimer son point ou être dans plusieurs univers, cela peut être compliqué pour l’entourage. Ou au contraire très révélateur sur ses certitudes à lui, d’autant que nous évoluons tous.

 

Etre en prise avec la complexité de chacun d’entre nous signifie parfois bousculer les certitudes de nos amis, et inversement. Combien d’entre nous ont vécu l’incompréhension d’un entourage face à un virage professionnel à 180 degrés, voire plus souvent face à un changement de style de vie ? Se marier, divorcer, se remettre en couple, avoir un enfant, en adopter un, faire son coming out, se convertir à une nouvelle foi, déménager ou apprendre que l’on est malade… Tous ces événements majeurs nous forgent et font réagir notre entourage. On dit que c’est dans les moments difficiles que l’on compte ses amis.

 

Il me semble que l’on peut aussi faire quelques découvertes désagréables dans des moments heureux pour lesquels tous nos amis ne sauront pas tous se réjouir. Pour ces amis-là, s’affirmer, c’est déjà les bousculer et s’éloigner d’eux. Car la réalité devient trop différente d’une image sublimée qu’ils peuvent avoir de nous. Cette tendance qu’a l’entourage à nous assigner à une catégorie (sociale, culturelle, professionnelle) et ne pas être capable de voir la personne globale que nous sommes est courante en famille, que ce soit avec ses propres parents ou ses frères et sœurs. Il n’est donc pas surprenant que cette situation survienne avec les amis de longue date. Mais cela n’est pas plus facile à gérer pour autant.

 

Les réseaux sociaux sont dans ce contexte une caisse de résonnance de tous les aspects de notre personnalité. En partageant nos coups de cœur et nos coups de gueules, nous forçons notre entourage à s’intéresser pour au moins une demi-seconde aux mêmes choses que nous, à entrer dans notre univers. S’ils n’y sont pas préparés cela peut être violent… et éveiller chez eux des sentiments que l’on ne mesure pas. Cela me rappelle mes cours d’info com à la fac et le fondateur « le message c’est le medium » de Marshall Mc Luhan. Pour Facebook, le message pourrait être : l’authenticité. Comme l’explique Sheryl Sandberg, Chief Operating Officer de Facebook :

 

"Nous pensons que le Web évolue vers un Web social. Cela repose sur deux choses : l'authenticité - dès que vous vous connectez vous êtes vous ; le passage de la recherche d'information à la découverte sociale. Nous pensons que ces outils peuvent rapprocher les gens. L'élection d'Obama en 2008 a eu plus d'électeurs jeunes que les 2 précédentes élections. Le Web social est une question d'inclusion. De plus en plus, ce qu'on voit, c'est que l'impact est mondial. Il ne faut pas penser à Facebook en nombre d'utilisateurs mais en nombre de communautés qui se recoupent et partagent des intérêts. Nous avons créé une technologie et observons comment le monde l'utilise. Cela montre la puissance de cette technologie, qui révèle qui ont est réellement en tant qu'individu."

 

A bon entendeur !

Tag(s) : #Actu